
La tendresse appartient à ce que J. Salomé appelle la « communication intime ». Elle est en effet un support à la rencontre, à la relation. Mais parce qu’elle appartient justement au domaine de l’intimité, il peut parfois être difficile de la dire et encore plus de l’agir.
A ce propos, les mères présentes mettent en avant les difficultés qu’elles peuvent rencontrer avec leurs adolescents : « Quand ils sont tout petits, disent-elles, c’est relativement facile, on les embrasse, on leur fait des câlins... Mais une fois grands... On ne sait plus comment se conduire avec eux. » L’une d’entre elles témoigne ainsi du comportement de son fils de dix-sept ans : « Lorsque moi j’aimerais le prendre dans mes bras, il me rabroue et s’exclame qu’il n’a pas le temps, qu’il doit sortir. Et d’autres jours, c’est lui, comme un bébé qui me réclame des câlins. Je ne sais plus comment être avec lui ! »
A l’adolescence, les parents comme les enfants s’interrogent sur la façon dont ils peuvent se manifester leur affection. Ainsi chacun doit en quelques sortes apprendre à se repositionner et trouver le juste équilibre entre une trop grande proximité et une trop importante distance. Fréquemment, les adolescents préfèrent alors l’éloignement au rapprochement, vivant tout contact physique avec leurs parents, en particulier avec celui du sexe opposé comme emprunt d’ambiguïté. Des deux côtés, il y aurait de fait souvent la crainte (inconsciemment pensée) qu’un geste puisse être mal interprété, telle une tentative de séduction par exemple. Le toucher devient par conséquent objet de censure.
Il arrive que ce malaise ressenti vis-à-vis du contact physique parents-enfants ne soit pas simplement circonscris à l’adolescence, mais qu’il existe dès la petite enfance. Sur ce point, une grand-mère raconte qu’elle n’a jamais pu se montrer démonstrative avec ses enfants, éprouvant comme une impossibilité à leur donner ce qu’elle-même n’avait reçu. Elle s’étonne a contrario d’être une « vraie mamie poule » avec ses petits-enfants... Ainsi, les parents seraient en quelques sortes « guidés », dans leur manière d’être et de faire, par les relations qu’ils ont eux-mêmes entretenues avec leurs parents et par ce qu’ils ont pu vivre, ressentir en tant qu’enfant. J. Salomé affirme à ce sujet « qu’être à l’écoute de l’enfant c’est avant tout être à l’écoute de l’enfant qui est en nous. » Car l’enfant par ses questions vient réveiller certaines problématiques anciennes que l’adulte croyait oubliées, voire réglées. Il amène perpétuellement à s’interroger soi-même et à se remettre en question. Selon Salomé, les enfants stimulent, interpellent et introduisent le doute. Bien souvent même, ils désarçonnent leurs parents qui ne savent plus comment répondre.
Certains parents rapporteront par exemple au cours du débat être restés sans voix quand leurs filles/fils tinrent des propos tels que « Combien tu m’aimes maman ? », « Non, tu ne m’aimes pas autant que X, c’est ton chouchou », « Tu ne t’occupes que d’elle et jamais de moi » (en parlant d’un frère ou d’une sœur)... Mais est-il possible d’aimer réellement ses enfants à l’identique, soulève une des participantes, en réaction à ces mots d’enfants. En fait, les enfants ne demanderaient pas à être aimés de la même façon que leurs frères et sœurs, mais aspireraient plutôt à être aimés d’une manière spécifique, pour ce qu’ils sont eux, individus particuliers et uniques. Porter le même amour à chacun de ses enfants semblerait de l’avis général impossible et ne pas y « parvenir » ne devrait donc pas engendrer de culpabilité (même s’il s’avère qu’en réalité c’est souvent le cas)...
Film : Tendresse - Production : Pepiam