
Que répondre à l’enfant vivant dans une famille monoparentale et/ou adopté, lorsqu’il s’exclame : « moi, je n’ai pas de papa ».
Que demande l’enfant exactement à travers cette affirmation ?
Comment lui dire qu’on a décidé de l’adopter seul ?
En grandissant , l’enfant observe et est amené à se comparer aux autres enfants ayant des « papas ». Il est ainsi porté à se poser ces questions :
« Pourquoi moi j’en n’aurai pas un ? » « Je ne me sens pas comme les autres ». « Est ce moi (et pourquoi ) qui empêcherait ma maman d’avoir un homme à la maison ? » « Ma maman serait elle à la fois maman et papa ? » « Est ce que moi aussi je pourrai un jour être père, ou me mettre en couple ? » L’enfant parle t-il du père biologique ? Ou bien d’un père qu’il pourrait avoir au quotidien, d’un conjoint que pourrait avoir la mère ? Aussi faut-il qu’il sache faire la différence.
Parallèlement le parent peut se questionner : Qu’est ce que l’enfant représente pour sa mère ? Qu’est ce qu’un père pour la mère ?
Lorsqu’un enfant vit dans une famille monoparentale, surtout s’il a été adopté, il est important que le parent lui explique qu’il est né comme tous les autres enfants, d’un père et d’une mère, d’une rencontre, d’un échange entre deux personnes de sexe différent. En tant que parent, il est difficile de distinguer les places et les rôles du père et de la mère, surtout si le père n’est pas présent. Il n’est donc pas évident d’expliquer le rôle du père. Cependant, il suffirait parfois de dire simplement à l’enfant qu’un père et une mère sont deux personnes différentes qui font des choses différentes avec l’enfant. Avoir deux parents c’est aussi voir que deux personnes peuvent être et penser autrement.
Au cours du débat, nous nous sommes rendu compte qu’il est difficile, en tant que parent, de mettre des mots sur la réalité de l’enfant, comme dire à l’enfant qu’il a été « abandonné » (quand c’est le cas) et recueilli par la mère adoptante . Mais cela peut permettre à l’enfant de s’approprier sa réalité, en évitant le non-dit.
Un autre point essentiel fut soulevé pendant le débat : L’enfant vivant seul avec sa mère peut avoir l’impression et l’envie de combler en totalité les besoins affectifs de la mère. Il est important que l’enfant saisisse qu’il n’est pas son centre d’intérêt unique et qu’elle peut aussi désirer un homme, avoir d’autres activités. Cela peut entraîner chez l’enfant une certaine frustration. Cependant cette frustration est nécessaire pour que l’enfant puisse découvrir le désir, comme la possibilité de désirer lui aussi autre chose que la mère. De plus, cela lui permet notamment de se défaire d’un désir de plaire à tout prix à son parent, sans culpabiliser.
Les mères présentes au débat se sont tournées également sur la question de la venue dans le foyer, d’un homme qui ne peut remplir le rôle de père pour l’enfant. Celui-ci peut tenir le rôle d’un tiers dans le couple mère/enfant. Ainsi Il permet d’inscrire une différence des sexes et des générations, et participer à une image de l’homme auquel l’enfant pourrait s’identifier. L’enfant peut trouver des référents masculins ailleurs qu’à l’intérieur du foyer mais ils ne pourront remplacer le rôle du père. L’absence du père pour l’enfant renvoie aussi l’absence d’un conjoint, ou rappelle les conflits antérieurs avec le père. En réalité, s’il est si difficile de répondre aux questions des enfants, c’est bien souvent parce que ces questions réveillent en nous des problématiques intimes, généralement par rapport à son passé. Il paraît important de pouvoir réfléchir à toutes ces questions avant que l’enfant ne soit amené à les poser, car cela permet de se sentir plus serein avec ses propres problèmes, même si ceux-ci ne sont pas résolus.
Les questions de l’enfant sur l’absence du père peuvent être également leur façon d’essayer de ramener le papa dans le foyer, sa façon de dire qu’il a besoin d’entendre parler d’un père qui existe. En effet, l’enfant a besoin d’entendre que les liens entre le parent et l’enfant existeront toujours par le lien de parenté, alors que les liens et les rapports entre parents peuvent changer.
Enfin, les questions des enfants sur ce qu’est un père en général ne renvoient pas forcément sur l’adoption ou sur l’absence d’un parent. La mère y répond donc non pas parce qu’elle vit seule avec son enfant, mais parce que la mère est parent avant tout . Il faut donc faire attention à ne pas systématiquement mettre la cause sur l’absence du père. Ainsi, Il est peut-être moins facile d’être parent seul. L’enfant en grandissant construit aussi ses parents, puisqu’ on ne naît pas parent, on le devient.