
Le thème de ce débat « enfant unique, enfant roi » évoque le risque de voir un enfant unique surinvesti par ses parents, choyé, voire « gâté » comme un roi. Les parents, face à leur enfant, ont souvent de nombreux projets pour leur avenir, ils tentent de le combler affectivement et matériellement, désireux de pouvoir lui offrir une enfance joyeuse. Lorsque l’enfant est unique, il est plus facile de combler son enfant, surtout par culpabilité de ne pas lui avoir donner de frères et sœurs, et le risque de trop le cajoler devient alors plus grand. Il arrive que les parents en fassent un peu trop pour être sûr qu’il ne manque de rien. Cela peut être culpabilisant pour l’enfant qui se voit charger de tous les idéaux de ses deux parents. Un enfant unique vit plus souvent dans un monde d’adulte, il apprend à jouer seul, ce qui est un atout, mais en même temps, il peut avoir du mal à vivre avec d’autres enfants , car il n’en n’a pas l’habitude.
L’enfant « roi » ne concernant pas uniquement les enfants uniques, le débat s’est ensuite tourné vers les enfants « rois » en général. Il semble que les enfants soient de plus en plus choyés. La société porte plus d’attention à la place de l’enfant et à son éducation. Les parents disent eux-mêmes également qu’ils sont un peu perdus face aux limites à imposer à leurs enfants ; car eux non plus n’ont pas de repères fixes, stables. Ce manque de limites peut générer davantage l’angoisse des enfants. Les parents s’en remettent alors parfois aux institutrices, pensant qu’un professionnel de l’éducation pourra pallier leur désarroi parental.
Cependant l’organisation pour l’entrée en maternelle paraît peu satisfaisant pour les parents, à cause du très grand nombre d’enfants par classe. La séparation peut devenir alors plus difficile. Les angoisses des parents et des enfants sont également renforcées par le fait que les institutrices doivent évaluer les enfants dès la maternelle selon des critères bien précis.
Au cours du débat, un autre problème a été soulevé : les enfants peuvent souvent être sur-stimulés, dû à un grand nombre d’activités proposées. Ils n’ont plus de temps pour se poser, pour apprendre à temporiser. Certains parents ont une certaine peur de l’autorité, peur de culpabiliser après les avoir réprimander, peur de sentir l’amour de leur enfant blessé.
Comme parfois l’enfant est porteur des symptômes de la famille, le débat évoque alors le manque de prise en charge de façon familiale, globale, relationnelle.
Les participants du débats ont donc conclu que la principale difficulté, tant du côté des parents que des enfants, consistait à accepter de ne pas toujours maîtriser, de ne pas tout avoir, ou de ne pas tout donner à son enfant, de connaître la frustration. Les parents ont parfois peur des pleurs, de la souffrance, peur aussi de la différence. Ceux sont des mouvements de protection, qui sont compréhensibles, mais qui poussent en même temps l’enfant à rester dans des milieux qu’il connaît avec des personnes qui lui ressemblent, parfois au détriment de découvertes enrichissantes.