
Ce questionnement naît avant tout d’une ambiguïté : le beau-parent n’a pas de statut légal au regard de la loi, pas de droits ni de devoirs définis par celle-ci, alors même qu’il occupe parfois une place centrale au sein du réseau familial. La loi parle d’une possibilité d’assistance éducative, c’est-à-dire une délégation de l’autorité parentale à un tiers, qu’il soit une personne physique ou morale (une institution par exemple), et cela en cas de troubles psychiques ou de décès du parent biologique par exemple. Cette délégation ne peut se faire qu’après l’accord des parents, et ne trouve que peu de possibilités d’application auprès des beaux-parents. Ainsi, que ce soit d’un point de vue juridique , mais aussi affectif, le beau-parent peut éprouver certaines difficultés à trouver sa place au sein de la constellation familiale qu’il intègre, déjà constituée, voire déjà problématique.
A la question “ une reconnaissance légale faciliterait-elle cette intégration ? ”, deux types de réponses émergent, paradoxales mais néanmoins cohérentes . D’une part, on peut considérer qu’un tel statut pourrait permettre au beau-parent de se positionner et de mieux définir son rôle par rapport au parent biologique par exemple. De même, cela pourrait faciliter certains aspects, médicaux ou scolaires notamment, où le beau-parent n’a pour l’instant aucune possibilité d’intervention, même s’il s’occupe parfois en grande partie de l’éducation et de la santé de son bel-enfant. Cependant, on peut aussi concevoir qu’une reconnaissance légale ne concerne qu’un aspect juridique qui, bien qu’essentiel, ne résout pas pour autant la question de la “place” qu’un beau-parent doit se constituer au sein de la constellation familiale qu’il intègre. Il s’agit donc avant tout d’un aspect affectif que les lois ne résolvent pas toujours. Les beaux-parents s’accordent souvent à dire que la légitimation de leur statut de “tiers” ne peut finalement être validée que par le bel-enfant lui-même, selon la place qu’il leur accorde, la manière dont il les perçoit et les attitudes qui découlent de cette perception. Néanmoins, la légitimation proprement dite, c’est-à-dire à un niveau juridique, permettrait la constitution d’un “cadre”, un champ d’action au sein duquel le beau-parent serait libre d’exercer des droits et des devoirs qui lui auraient été attribués par la loi. Ce cadre offrirait alors des repères auxquels il serait possible de se référer, notamment en cas de débordements. Sans existence légale, le beau-parent peut avoir le sentiment de ne pas avoir d’existence du tout. Mais cette nécessité de nommer, d’attribuer une place et un rôle particuliers est également valable pour l’enfant, qui a lui aussi besoin d’avoir des repères clairs, notamment dans des contextes de déconstructions familiales. Une belle-mère résume ainsi son rôle auprès de son beau-fils : « certes, je ne suis pas ta mère, tu n’es pas obligé de m’aimer, mais voilà ce que je suis ». Enfin, on pourrait également considérer que le beau-parent se trouve dans un lien qui peut facilement se révéler transitoire, ou du moins être perçu comme tel par l’enfant, étant donné qu’il fait suite à une séparation. Celui-ci pourrait de ce fait éprouver un sentiment d’insécurité quant à la pérennité de cette relation et vouloir éviter de s’y engager par crainte de vivre une seconde rupture. Une légitimation viendrait alors consolider une relation nouvelle dans laquelle l’enfant ne désire peut-être pas s’inclure trop vite
La légitimation peut donc faciliter certains aspects de ces parentalités particulières, et notamment résoudre la question difficile de la non-reconnaissance au niveau juridique sur laquelle peut s’étayer une indétermination semblable au niveau affectif. La plupart des beaux-parents souhaiteraient de ce fait être reconnus par la loi, ne serait-ce que parce que certains ont le sentiment de tenir un rôle éducatif et affectif important auprès de leur beaux-enfants, avec lesquels une relation sincère s’est parfois développée. Cependant, peut-être parce que le phénomène des familles recomposées est relativement récent, ou bien parce qu’il est difficile de légitimer un beau-parent alors que le parent biologique est toujours présent, la reconnaissance juridique soulève encore des débats et des dissidences. Peut-être pouvons-nous mettre en relation ce vide juridique et le flou terminologique qui entoure les familles recomposées : le fait que les termes de “belle-mère” et “beau-père” par exemple désignent à la fois différentes personnes au sein d’une même famille prouve également qu’il y a une grande ambiguïté autour de ces places particulières.