Débat du 22/11/2005 -
J’élève seul(e) mon enfant

Divorces, conjoint(e)s régulièrement absent(e)s ou peu disponibles, deuils, adoptions... De la diversité de ces situations ressort un même témoignage : il devient parfois réellement difficile, voire pesant d’être le seul parent ayant à charge l’éducation de ses enfants.

Les mères présentes au débat expriment en effet leur souhait de pouvoir de temps en temps passer le relais, d’avoir quelqu’un sur qui s’appuyer et surtout de disposer de moments libres rien qu’à elles. « J’ai l’impression que tout tourne autour des enfants, de ne vivre que pour eux et plus pour moi. J’ai réellement envie de respirer et de pouvoir faire autre chose que de m’en occuper » disent-elles d’une même voix. Au fil des échanges apparaît l’idée qu’il serait en fait possible, avec quelques aménagements, de dégager du temps pour ces « petits instants de détente » tant désirés. Le problème ne résiderait pas tant dans « l’infaisabilité » de la chose, mais plutôt dans l’incapacité du parent à s’accorder ces instants. Ainsi, dès qu’il envisage de s’absenter, il est rapidement pris dans le dilemme : se faire plaisir et éprouver de la culpabilité à ne pas être auprès de ses enfants ou réfréner ses envies pour se tenir totalement disponible et se sentir frustré, comme si le temps « pris » pour soi représentait du temps « en moins » pour ses enfants.

Une réflexion s’amorce alors autour des raisons qui pourraient justifier toute l’importance à s’aménager des temps exclusivement consacrés à son propre bien-être.

Tout d’abord, il ne faudrait pas oublier qu’un parent est avant tout une femme, un homme et à ce titre a des besoins, des désirs qui demandent à être tout autant satisfaits que ceux des enfants. En s’autorisant à s’occuper de lui, le parent seul évite de se sentir frustré, un sentiment qui risquerait à termes de retentir sur la vie familiale.

S’occuper de soi c’est d’une part prendre soin de soi, s’écouter, mais c’est aussi se faire plaisir, à savoir sortir, voir des amis... Certes, il n’est pas toujours très agréable de se rendre seul(e) au cinéma ou à une exposition... Néanmoins, comme le rappelle une des participantes, s’il s’avère souvent que la première fois fut décevante , même déprimante, les fois suivantes se révèlent au contraire nettement plus réjouissantes. A chacun de trouver les activités qui lui plaisent : sportives, associatives (délégué des parents d’élèves par exemple), culturelles...

Sortir oui, mais... que faire des enfants ? « Rétribuer une baby-sitter à chaque fois me revient trop cher » s’exclame un parent. Le groupe propose alors d’organiser une garde partagée et alternative avec des voisins par exemple ou d’autres parents rencontrés à la sortie de l’école, ou encore lors de ses activités de loisir. Car ces sorties peuvent en effet être l’occasion de rencontres ou d’échanges d’idées ; une maman raconte qu’elle y trouve les conversations « adulte » qu’elle ne peut avoir avec ses enfants. Par « ces extras », le parent sort ainsi de la « bulle familiale » dans laquelle il aurait parfois tendance à s’enfermer, entretenant une sorte de relation fusionnelle avec ses enfants qui le couperait un peu de toute vie sociale. Il amène des éléments de l’extérieur qui pourront contribuer à enrichir les échanges parent-enfants.

Enfin, à travers les relations que son parent entretient avec des amis, des parents de camarades de classe, des proches, l’enfant pourra s’ouvrir à d’autres adultes et éventuellement trouver parmi ces connaissances quelqu’un qui puisse en quelques sortes pallier à l’absence du parent « manquant ». Même si pour autant ce parent « absent » restera certainement irremplaçable. Il garde néanmoins sa place de parent en restant à l’esprit de son conjoint ; sa parole, ses réponses aux questionnements des enfants l’incluent au quotidien. Lui accorder cette existence éviterait semble-t-il le phénomène de « parentification », c’est-à-dire qu’un enfant prenne en quelque sorte le rôle du parent absent et voit reposer sur ses épaules des responsabilités qui ne sont pas celles de son âge. D’autres bonnes raisons de s’accorder du temps rien qu’à soi à suggérer ?