
Cette rencontre-débat avait pour thème principal la médiation familiale entre grands-parents et petits-enfants. Animée par une médiatrice familiale travaillant à l’EGPE (l’École des Grands-Parents Européenne), elle rassembla également plusieurs personnes suivant une formation de médiation familiale, ainsi que des grands-parents intéressés par ce thème. Tout d’abord, il fut nécessaire de rappeler que l’intitulé “médiation grands-parents / petits-enfants" ne signifie pas forcément conflit entre ces deux parties, mais sous-entend bien plus souvent une difficulté relationnelle entre des grands-parents et leurs propres enfants, eux-mêmes devenus parents. Cette tension perdure au travers de ces liens intergénérationnels, et peut conduire à des situations de rupture. Il n’est pas rare, par exemple, d’être confronté à des situations où les grands-parents ne voient plus leurs petits-enfants, et cela parce que le nœud du problème concerne un autre niveau. Toutes sortes de non-dits, de difficultés bien plus anciennes et ancrées dans lesquelles cette troisième génération se trouve à la fois et paradoxalement prise à partie et non directement concernée, tendent ainsi à s’exprimer. D’un point de vue juridique, l’article 371-4 du Code Civil indique que les pères et mères ne peuvent faire obstacle à la relation grands-parents/petits-enfants, sauf en cas de motifs graves
Dans un premier temps, il fallut re-questionner ce que recouvre exactement le concept de “médiation”, bien souvent pris dans un flou terminologique. Historiquement, cette idée, née au Canada, se développa en France dans les années 70 parallèlement à la réforme du divorce. En 2002, la loi sur l’autorité parentale amena un nouvel aspect : désormais, un juge pouvait conseiller, voire imposer aux parents de se renseigner sur la médiation familiale s’il le jugeait nécessaire. Avec cette loi, la médiation familiale entra dans le Code Civil. En 2003 apparut une réglementation beaucoup plus précise de cette pratique et du diplôme permettant de l’exercer. Peu à peu, la médiation familiale est devenue un concept reconnu, réglementé, perçue à la fois comme un mode de résolution des conflits, mais aussi comme une solution de prévention, une possibilité de créer ou de recréer des liens familiaux affaiblis.
La médiation familiale requiert plusieurs conditions :
deux parties volontaires dans la recherche d’une solution
un tiers neutre, indépendant et qualifié : le médiateur
un conflit, une difficulté à résoudre
Le processus compte quatre étapes :
Quels sont les faits ?
Pourquoi ? (Qu’est-ce qui est important pour chacune des parties, au-delà des faits ?). Le médiateur doit alors veiller à ce que soit maintenue une “reconnaissance réciproque”, c’est à dire une compréhension mutuelle des deux parties quant à ce qui est important pour l’autre.
Comment ? (Quelles solutions semblent envisageables ?)
Comment mettre en place ces solutions ?
Le déroulement nécessite un lieu neutre. Un entretien de médiation familiale dure environ deux heures et son coût est variable selon qu’il se déroule dans le cadre d’une consultation associative ou dans un cadre libéral. En effet, la consultation peut avoir lieu dans un centre de médiation, ou auprès d’un médiateur familial exerçant en libéral tout en étant rattaché à l’une des deux fédérations, l’APMF ou la FENAMEF, garantissant une charte de qualité et un respect déontologique. Une médiation peut-être le résultat d’une démarche dite “indépendante ” ou “conventionnelle” des deux parties, ou bien d’une demande de la part d’un juge des affaires familiales, dite “judiciaire”.
Après avoir redéfini la pratique de la médiation familiale dans ces aspects généraux et pratiques, une discussion fut engagée autour de la spécificité d’une telle pratique lorsqu’elle concerne la “grand-parentalité”. La difficulté principale semble alors concerner la place réelle du conflit. La médiatrice animant cette rencontre a , pour illustrer cet aspect, donné l’exemple d’un grand-père n’ayant jamais vu son petit-fils de quinze ans. Cet homme avait divorcé et s’était remarié dix-neuf ans auparavant, ce que son fils, le père de l’adolescent, ne lui avait jamais pardonné, prenant le parti de sa mère. Chacun des deux hommes, se trouvait alors dans un “conflit de loyauté”, le fils permettant à son père de rencontrer enfin sa descendance mais à la condition sine qua non que sa nouvelle épouse soit absente, et le père exigeant que sa nouvelle compagne soit incluse à cette rencontre. Dans ce cas-là, une médiation familiale aurait été bénéfique, mais ne put être mise en place du fait du refus de chacun de se plier aux conditions de l’autre.
Cet exemple illustre bien alors ce qui semble être le point essentiel d’une telle pratique entre grands-parents et petits-enfants : le problème se situe bien à un autre niveau, dans lequel les petits-enfants n’ont que peu de place, tout en en payant les conséquences. Parfois “pris en otage” au sein de ces vicissitudes familiales, ceux-ci se retrouvent alors “utilisés”, influencés par des discours contradictoires qu’ils n’ont bien souvent pas la possibilité de comprendre et d’analyser. L’enfant est alors manipulé, objet de projections et incarnation d’un malaise qui prend les formes d’un passage à l’acte. Les parents, quant à eux, sont pris “entre deux feux”, entre deux identités, deux places au sein de cette constellation familiale : à la fois enfants et parents, le passage d’un statut à l’autre représente en soi un état de crise qui se rétablit dans la plupart des cas, mais qui ,hélas, se solde parfois par une complication.
La médiation familiale vise donc la ré-instauration d’une parole directe entre les parties, évitant les intermédiaires que peuvent représenter les avocats ou les experts par exemple. Elle peut être un moyen efficace d’élaboration, voire de résolution d’un conflit, en offrant un cadre à un dialogue intra-familial souvent mis à mal.