
« Andréa a neuf ans. Petite fille coquette, elle ne rate pas une absence de son aînée pour se faufiler dans sa chambre et y essayer parfum, maquillage, chaussures à talon... « Etre une grande » la fait rêver . Du haut de ses 1m15, elle veut déjà qu’on la considère comme une adolescente, même si confie t’elle à sa maman, elle adore Winnie l’ourson... Mais chut, c’est un secret ! »
Cette vignette fictive pour illustrer les contradictions de ces « grands enfants - petits adultes » que l’on désigne par le terme de « pré-adolescents ». Mais alors qui sont-ils donc : enfants ? Ados ? Adultes en miniature ? Une mère propose de les qualifier ainsi : « Ils ne sont plus petits, ont quitté la maternelle et veulent vraiment être reconnus comme des grands... Pourtant dans les faits, tout tend à prouver qu’ils ne sont pas aussi grands qu’ils le claironnent. »
Certains parents se disent parfois un peu déroutés face à certaines attitudes, façons de parler ou aspirations très semblables à celles d’ados, voire d’adultes. Ils ne savent plus jusqu’où considérer par exemple leurs enfants comme responsables ou capables de faire, de comprendre certaines choses. Un père ajoute qu’il manque de repères faute de pouvoir se référer à ses souvenirs d’enfant : « Comprenez-vous, il y a un réel décalage entre le gamin que j’étais à dix ans et le comportement de mon fils aujourd’hui. »
Comme si la société en quelque sorte poussait ces enfants à devenir « plus grands plus vite » sans pour autant les amener à prendre en considération les obligations et responsabilités qui accompagnent tout gain d’autonomie. Les pré-ados auraient bien compris l’intérêt de cet « entre deux âges » et joueraient, de l’avis des parents présents, sur les « deux tableaux ». En réaction au discours parental « encore trop petit pour » (aller tout seul à la piscine par exemple) mais « suffisamment grand pour » (ranger sa chambre), ils opteraient plutôt pour le « tout plaisir », à savoir bénéficier à la fois des avantages de la petite enfance (se faire cajoler, jouer à des jeux de « petits », ne pas être dans la capacité de...) et de ceux procuré par le statut d’adulte (se coucher tard, sortir seul avec ses amis...).
Leurs questionnements, leurs peurs parfois rappellent néanmoins aux parents, qu’au fond, ces « petits bouts d’ados » sont encore enfants ; grands certes, mais enfants avant tout. Ils passent leur temps à faire comme si, à s’imaginer quel effet cela fait d’être dans la peau du grand frère, de la nouvelle chanteuse à la mode, c’est pourquoi ils continuent à appartenir au monde de l’enfance : ils jouent. D’ailleurs, leurs représentations des choses, du monde apparaissent parfois en décalage avec celles propres à l’adulte, parce que toujours empruntes de la pensée enfantine. Il arrive donc qu’à certains moments parents et enfants soient dans la confusion des langues, chacun attribuant un sens différent aux comportements, évènements, situations qu’il perçoit ou rencontre ; d’où, lorsqu’il semble y avoir malentendu, la nécessité en tant que parents de s’interroger sur ce que l’enfant met derrière un mot, une représentation etc.
Le débat s’achèvera sur ces mots : « Peut-être ne faudrait-il ni considérer les pré-ados comme tout responsables, ni comme devant être entièrement assistés, et garder plutôt en tête comme ligne directrice de conduite l’image du petit enfant à qui l’on tient la main pour marcher : dès que l’adulte le sent suffisamment stable sur ses petites jambes, il le lâche tout en restant à ses côtés. Les chutes seront inévitables, mais l’enfant sait qu’il peut avancer confiant car papa et/ou maman ne seront jamais loin... »