Débat du 08/11/2005 -
Quand c’est le corps qui parle (eczéma, maux de ventre, asthme...)

Somatisation : traduction d’un conflit psychique en affection somatique

Le débat s’ouvre sur ces mots « Le corps parle plus que les mots souvent » et « notre inconscient agit sur notre corps ». Que peut-on entendre à travers ces affirmations ? Il ressort des échanges que le corps, sorte d’exutoire à la pression, exprime ce qui parfois est impossible à mettre en mots, soit parce que le contexte ne s’y prête pas (il est par exemple souvent difficile de parler de ses difficultés sur son lieu de travail), soit parce que l’on n’a tout simplement pas conscience de ce qui, en soi, demande à être dit. Ainsi, en quelques sortes, le corps « trahit » nos pensées, ou plutôt traduit en manifestations diverses l’angoisse, le stress, les contrariétés... Dans ce cadre, le symptôme physique a donc un sens précis, qui si le symptôme devient handicap au quotidien ou cause de souffrance doit être élucidé...

Et seulement dans ce cas... En effet, tout un chacun a somatisé, somatise ou somatisera, pour autant la thérapie ne s’impose pas parce qu’il reste « normal » que nos états d’âme, nos émotions, notre vécu quotidien s’expriment à travers certaines manifestations corporelles. En outre, chaque individu a en quelques sortes un « canal d’expression corporelle privilégié » et aura par conséquent plutôt tendance à présenter tel type de symptômes, plutôt qu’un autre (les raisons sous-jacentes à ce choix pourront éventuellement être questionnées dans le cadre d’une thérapie).

Ainsi, le corps parle, informe, tout autant qu’il pousse à adopter telle ou telle attitude. Le stress, par exemple, s’il demeure gérable et non paralysant peut être très dynamisant à la veille d’un examen : de fait, il stimule et incite à redoubler d’efforts. En revanche, lorsqu’il devient synonyme de maux de ventre douloureux ou d’insomnies sévères, il importe alors de comprendre et de rechercher ce qui peut justifier l’intensité des troubles. L’ensemble des personnes présentes au débat s’accorderont d’ailleurs à ce sujet pour reconnaître les bienfaits de la verbalisation.

Face à un enfant en souffrance, se présenter comme à l’écoute va favoriser cette mise en mots nécessaire à l’atténuation des symptômes. Même s’il ne s’agit pas d’affirmer à l’enfant que tel facteur est à l’origine de ses maux (l’enfant pourrait percevoir son père/mère comme détenteur d’un savoir sur son ressenti corporel que lui-même ignore), on peut lui proposer une interprétation et lui demander son avis ; lui dire « Tu as peut-être mal au ventre parce que demain c’est la rentrée ». L’enfant, surtout s’il est jeune, n’a pas forcément conscience de ce qui cause son malaise ; mettre des mots sur son ressenti ou ses émotions contribuerait à les lui rendre lisibles et clairs, donc moins angoissants. De plus, en signifiant ainsi avoir perçu qu’il allait mal, l’adulte le rassure quant à l’attention qu’on porte à sa personne ; de cette façon il sait qu’il a été entendu et que l’on s’interroge avec lui sur les raisons de ses troubles. Ne pas oublier à ce propos qu’un symptôme, parce qu’il donne à voir porte un message à l’adresse d’autrui, d’où l’importance d’échanger à son sujet.

Attention néanmoins à ne pas tomber dans le « tout psychologisant » : encore une fois toute maladie n’implique pas qu’il y ait à sa source conflit psychique. Mais alors, questionne une maman comment finalement distinguer ce qui relève du psychologique de ce qui s’apparente « seulement » à du physiologique (sachant que l’on ne peut réellement considérer le corps d’un côté et la pensée de l’autre, ces derniers étant en perpétuelle interaction) ? Aucune recette, et surtout pas de théories. Au fond pouvoir répondre à cette question importe peu, l’essentiel étant de savoir s’il y a souffrance. Quant à définir si cette souffrance requiert la consultation d’un psychologue ou non... Se fier à son ressenti, se faire confiance, telle pourrait être une démarche à adopter.